La mesure négligée : hauteur de stack et course à pied après le vélo

The Overlooked Metric: Stack Height and Your Run off the Bike

Depuis des années, le triathlon se focalise sur les « gains marginaux » à vélo : prolongateurs aérodynamiques sur mesure à 3 000 $, galets de dérailleur aéro à 700 $, ou encore manchons de mollets à 120 $. Ces optimisations peuvent faire gagner quelques secondes, parfois quelques minutes, sur votre temps vélo. Mais elles négligent souvent un facteur tout aussi déterminant en multisport : l’état de fraîcheur de votre corps lorsque vous attaquez la course à pied.

Et si vos chaussures de cyclisme faisaient plus que transférer la puissance générée ? Et si la façon dont votre pied se positionne par rapport à l’axe de la pédale permettait d’expliquer pourquoi, après seulement quelques kilomètres de course, vos jambes vous semblent lourdes ?

Selon les dernières découvertes en biomécanique et bike fitting (réglages vélo), la configuration chaussure-pédale peut fortement influencer votre travail musculaire à vélo. La hauteur de stack (distance verticale entre l’axe de la pédale et le pied) et la stabilité latérale du pied jouent un rôle clé dans la façon dont vous vous sentez au moment d’entamer la course à pied.
Ces effets n’ont pas encore été pleinement quantifiés dans des études spécifiques au triathlon, mais les mécanismes sont plausibles et cohérents avec les recherches actuelles sur la chaîne pied-chaussure-pédale.

1. Le voleur d’énergie silencieux : la contribution de la cheville

La majorité des chaussures de cyclisme sont conçues selon une philosophie purement orientée route : une plaque plate en carbone, une semelle relativement haute et une tige souple. Pour un cycliste sur route, cela fonctionne généralement très bien. Mais pour un triathlète qui doit courir immédiatement après, les conséquences sont différentes, d’autant plus que ces chaussures n’ont souvent qu’une seule bande Velcro ou une unique molette BOA pour maintenir le pied en place.

Dans une chaussure traditionnelle à hauteur de stack élevée, le pied se situe souvent à environ 15 à 18 mm au-dessus de l’axe de la pédale. Cette distance supplémentaire place la cheville dans une position mécaniquement plus exigeante. Les muscles qui l’entourent, notamment le gastrocnémien et le soléaire, doivent alors travailler plus fort pour stabiliser le pied et le maintenir centré sur la pédale pendant l’effort.

Solicitation de la cheville | Position de la caleSolicitation de la cheville | Position de la cale

D’après les recherches sur la position des cales et la cinématique du pédalage, les réglages de l’interface pied-pédale influencent la manière dont les muscles de la jambe sont sollicités. Reculer la cale, par exemple, peut réduire les contraintes exercées sur la cheville et transférer une partie de la charge des mollets vers des groupes musculaires situés plus haut dans la jambe. Même si aucune étude n’a encore mesuré directement la « fraîcheur des mollets » en T2, il est raisonnable de supposer que si vos mollets passent des heures à stabiliser le pied à vélo, ils risquent d’être plus fatigués lorsque vous commencez à courir.

2. L’avantage Cádomotus : réduire le bras de levier vertical

C’est là que l’héritage du patinage de vitesse change réellement la donne. Les chaussures Cádomotus World Cup T2 et Chronos Aero utilisent une coque carbone enveloppante de type cuvette structurelle, avec une hauteur de stack exceptionnellement basse entre l’axe de la pédale et la plante du pied.

Rapprocher le pied de l’axe de la pédale réduit le bras de levier vertical. En théorie, cela allège le travail de stabilisation autour de la cheville et permet aux muscles du mollet de fonctionner de manière plus économique sur les longues distances à vélo. Ces mêmes muscles peuvent alors être utilisés plus efficacement pour ce qui leur est réellement demandé en course à pied : stocker et restituer de l’énergie élastique afin de vous propulser vers l’avant. Pour les triathlètes longue distance, cette redistribution du travail musculaire constitue un avantage très plausible.

Hauteur totale de stackÀ gauche
Semelle carbone plate : 9,7 mm
Shimano Dura-Ace PD-R9100 avec cale : 14,6 mm
Hauteur totale de stack : 24,3 mm
(hors semelle intérieure)

À droite
Semelle-coque carbone : 7 mm
Wahoo Speedplay Aero avec cale : 8,5 mm
Hauteur totale de stack : 15,5 mm
(hors semelle intérieure)

Les travaux cliniques et biomécaniques portant sur la chaîne pied-chaussure-pédale montrent qu’en améliorant le soutien et l’alignement du pied, on réduit les mouvements indésirables et modifie le recrutement musculaire. Des recherches menées en course à pied vont dans le même sens : une hauteur de stack élevée et une instabilité accrue augmentent les besoins de stabilisation et modifient la foulée. Ensemble, ces observations soutiennent l’idée qu’une plateforme plus basse et plus stable favorise des schémas de mouvement plus efficaces, même si le gain de performance exact en triathlon reste à quantifier.

3. Hauteur de stack réduite = selle plus basse = gain aérodynamique potentiel

Une hauteur de stack plus faible au niveau de la chaussure entraîne une réaction en chaîne dans votre position sur le vélo. Si vous passez à une chaussure dont la semelle est, par exemple, 3 à 4 mm plus fine que celle de votre modèle précédent, il est nécessaire d’abaisser la selle d’une valeur équivalente afin de conserver votre extension de genou habituelle.

Les études de bike fitting et d’EMG montrent que de faibles variations de hauteur de selle peuvent déjà influencer l’activation des quadriceps, des ischio-jambiers et des mollets. Pour le confort comme pour l’efficacité, il est important de rester dans une zone de hauteur de selle optimale qui vous est propre. Prendre en compte la hauteur de stack permet justement d’y rester, plutôt que de se retrouver progressivement trop haut à mesure que les semelles s’épaississent.

Surface frontale réduite (CdA)Surface frontale réduite (CdA)
Centre de gravité
Stack plus bas

Abaisser légèrement la selle a aussi un effet sur l’aérodynamique. En réduisant la hauteur globale du cycliste, on peut diminuer la surface frontale exposée à l’air (CdA) dans certaines positions. Des tests aérodynamiques, sur le terrain comme en soufflerie, montrent régulièrement que de petits ajustements de posture ou de hauteur peuvent se traduire par des gains de quelques watts.

Il ne s’agit pas de promettre des « 10 watts gratuits » universels. En revanche, il est réaliste d’affirmer qu’optimiser conjointement la hauteur de stack et la hauteur de selle peut contribuer, chez de nombreux athlètes, à une meilleure efficacité biomécanique et aérodynamique.

4. Le « reset » neuromusculaire en T2

La dernière pièce du puzzle concerne la vitesse à laquelle votre système nerveux parvient à passer du « mode vélo » au « mode course à pied ». Les recherches sur la transition vélo-course en triathlon montrent qu’il existe, dans les premières minutes de course, une phase d’adaptation durant laquelle la coordination, la foulée et la perception de l’effort évoluent, le temps que le corps réorganise sa stratégie de mouvement.

Avec une configuration chaussure-pédale peu stable, dans laquelle le pied doit constamment « chercher » son équilibre à chaque coup de pédale, les muscles de la jambe inférieure sont sollicités en permanence pour effectuer de micro-ajustements. À l’inverse, une coque carbone rigide, thermoformable, qui enveloppe le talon et le milieu du pied, délègue une partie de ce travail de stabilisation à la structure même de la chaussure. Les muscles ont alors moins besoin de corriger en permanence, ce qui réduit la tension neuromusculaire continue. Cette logique est cohérente avec les observations issues de la recherche en cyclisme comme en course à pied : un soutien plus contrôlé et prévisible favorise des schémas de mouvement plus réguliers et plus économes.

Aucune étude contrôlée n’a encore démontré qu’un tel système permet de gagner un nombre précis de secondes sur un 10 km après le vélo. En revanche, d’un point de vue neuromusculaire, il est plausible qu’une plateforme plus stable et à faible hauteur de stack facilite une transition plus rapide vers une foulée fluide, orientée médio-pied, dès la descente du vélo. Ainsi, moins de « bruit » dans la chaîne pied-chaussure-pédale à vélo peut permettre de retrouver plus rapidement votre rythme naturel une fois sur l’asphalte.

Conclusion : ne vous contentez pas de rouler vite, protégez votre course à pied

Si vous atteignez régulièrement vos objectifs chronométriques à vélo, mais que vous peinez à retrouver des jambes fraîches dès les premiers kilomètres de la course à pied, il peut être utile de regarder au-delà des seuls watts ou de la profondeur des roues. Ce qui se joue au niveau de la chaîne pied-chaussure-pédale mérite aussi toute votre attention.

Les données actuelles montrent clairement que les réglages de la chaussure et des cales influencent les contraintes articulaires, l’activation musculaire et le confort perçu à vélo. Transposés au triathlon, ces mécanismes offrent une base scientifique solide pour penser qu’une hauteur de stack plus faible et une plateforme plus stable peuvent réduire le travail inutile de la cheville, affiner la position sur le vélo et faciliter la transition neuromusculaire vers la course à pied.

Choisir une chaussure conçue avec ces principes biomécaniques en tête, comme la Chronos Aero Speedplay avec son stack bas et sa coque carbone enveloppante, ne revient pas seulement à optimiser votre rendement à vélo. C’est aussi vous donner les meilleures chances de courir plus efficacement, avec plus de confiance, après 180 km passés sur la selle.


Les études et articles de référence mentionnés dans ce blog sont listés ci-dessous pour celles et ceux qui souhaitent approfondir les bases scientifiques de ces concepts (en anglais seulement) :

Effect of cycling shoe cleat position on biomechanical and physiological responses during cycling – https://www.jsc-journal.com/index.php/JSC/article/view/521

The effects of cleat location on muscle recruitment – https://ojs.ub.uni-konstanz.de/cpa/article/view/5625/5119

Intervention at the foot–shoe–pedal interface in competitive cyclists – https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC4970853/

Interlink Between Physiological and Biomechanical Changes During the Bike–Run Transition in Triathlon – https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC9556684/

You’ve heard of “stack height” – but how does it apply to pedals and shoes? – https://www.cyclingweekly.com/products/youve-heard-of-stack-height-but-can-changing-it-boost-your-power-or-make-you-faster-we-took-a-detailed-look-to-see-how-it-all-stacks-up

The effects of running shoe stack height on running style and stability during level running – https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC11885301/

The effects of running shoe stack height on running style and stability during level running – journal version – https://www.frontiersin.org/journals/bioengineering-and-biotechnology/articles/10.3389/fbioe.2025.1526752/full

Footwear technology and biomechanical adaptations in running – https://www.frontiersin.org/journals/bioengineering-and-biotechnology/articles/10.3389/fbioe.2025.1642555/full

Aerodynamics test with the new Cadomotus triathlon cycling shoes – https://www.triathlonworld.nl/en/blogs/product-reviews/cadomotus-triatlon-fietsschoene